Aujourd’hui, j’annonce mon retrait de la course à la direction du Parti Vert du Canada.

C’est une décision qui me brise le cœur, que j’ai prise après une réflexion approfondie et après avoir consulté avec mon équipe.

Je me retire de la course à la chefferie du Parti Vert du Canada – Merci pour votre soutien! La lutte continue ✊

Posted by Alex Tyrrell on Wednesday, June 3, 2020

Bien que de nombreux membres du Parti Vert du Canada souhaitent renouveler le parti en dépassant le culte de la personnalité, la triste réalité est que l’ère Elizabeth May se poursuivra pour l’avenir prévisible.

Je tiens à remercier les centaines de personnes qui ont soutenu ma campagne, qui se sont portées volontaires et qui ont contribué à sa réalisation au cours des derniers mois. J’ai eu le privilège de rencontrer des membres du Parti Vert en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique avant que la pandémie de COVID frappe et j’ai rencontré des centaines d’autres en ligne depuis le début du confinement.

Lorsque j’ai décidé de proposer mon nom pour la chefferie fédérale, je l’ai fait avec l’assurance qu’Elizabeth May n’interviendrait pas dans la course. Bien que cela ait été le cas pendant les premières semaines, ses interventions dans la course sont devenues de plus en plus visibles sur les médias sociaux, dans les coulisses et plus récemment lorsqu’elle a carrément lancé une tournée de collecte de fonds avec l’une de ses candidates préférées.

Parallèlement à ses interventions quotidiennes dans la course, Mme May a consolidé son pouvoir au sein du parti en présentant une liste de candidats – gérée par son mari – pour les élections du conseil fédéral. Bien que les élections au Conseil fédéral n’ont pas été très visibles, qu’ elles ont fait l’objet d’ aucune couverture médiatique, que la participation électorale a été limitée et qu’on n’a pas tenu de débats, Mme May a déclaré aux membres que ces élections internes sont plus importantes que la course à la chefferie. J’ai choisi de me concentrer sur la course à la chefferie et je n’ai pas présenté une équipe de candidats pour le conseil fédéral du parti. Cela a été un erreur. Je ne m’attendais pas à ce que Mme May consolide son pouvoir de cette manière.

Au cours des dernières semaines et mois, Mme May et son entourage m’ont fait comprendre très clairement qu’ils feront tout ce qu’ils peuvent pour opposer ma candidature et mon programme politique qui vise à placer le parti à gauche, et qu’ils mineront vigoureusement mon leadership dans le cas où je remporte la course à la direction du parti.

Dans un article publié par la CBC il y a quelques jours, le conjoint de Mme May, qui est désormais le vice président du conseil fédéral, a comparé mes critiques sur la consolidation de leur pouvoir à de la « matière fécale, » avant d’ajouter que je « ne comprends rien à la gouvernance » et que je devrais « retourner étudier. » Je considère ces commentaires comme âgistes, paternalistes, condescendants et carrément irrespectueux.

Le manque de respect dont m’ont fait preuve Mme May, son mari et leur entourage a fait comprendre à leurs partisans qu’il est correct de m’intimider, de m’envoyer des messages haineux et de contourner les règles pour miner ma candidature. Cela a produit une atmosphère toxique où mes partisans et moi ont été attaqués quotidiennement. Tout cela dans un parti qui fonctionne sans procédure de plainte officielle et où les gens ne sont pas tenus responsables de leurs actes si ces actes profitent à l’agenda de Mme May, à son contrôle du pouvoir ou à ses souhaits.

Je n’ai jamais entendu parler d’un chef sortant qui empile la plus haute instance décisionnelle de son parti avec des membres de sa famille et des alliés politiques à un moment où celui-ci prétend se retirer de la politique pour que la prochaine génération puisse prendre le relais.

En plus des interventions de Mme May dans la course, l’environnement au sein du parti n’est pas favorable au débat démocratique. Je ne comprends pas comment des candidats qui voudraient représenter le parti dans les débats télévisés lors des prochaines élections générales ne veulent pas, ou ne sont pas en mesure de débattre de l’avenir du parti avec les candidats à la direction du Parti Vert. Dans la situation actuelle, tout contraste ou critique légitime et poli à l’égard des autres candidats en lice se heurte à un barrage de négativité, d’insultes et de toxicité.

En tant que candidat le plus expérimenté de la course, ayant été candidat du Parti Vert lors de 10 élections provinciales et ayant débattu avec de nombreux ministres, opposants politiques et autres chefs de parti, il est clair que les performances aux débats sont parmis mes plus grandes forces. Cependant, dans un environnement si fortement opposé au débat démocratique et surtout aux points de vue qui remettent en question l’approche centriste actuelle mise en avant par l’establishment du parti, les liens et le soutien d’Elizabeth May sont devenus plus importants que les idées, la capacité à débattre et les mérites d’un candidat donné.

Cette course tombe également pendant cette pandémie mondiale massive et malheureuse. Avant que la pandémie frappe, j’avais visité quatre provinces et j’avais commencé à obtenir un soutien important. Mon plan était de passer 7 mois sur la route à sillonner le pays pour rencontrer les membres, les militants et les activistes tout en prenant position sur des questions d’importance locale et nationale. J’ai été le premier candidat à prendre la route, mais la crise de COVID a rendu ces plans impossibles à réaliser. Bien qu’il existe des moyens d’atteindre les gens en ligne, ce n’est pas la même chose. Nous ne sommes pas capables de bâtir les mêmes liens profonds et enrichissants que nous pouvons établir lors des rencontres face à face.

Pour rendre les choses encore plus difficiles, le parti a refusé de fournir aux candidats à la direction un moyen de contacter les membres via internet. Dans la plupart des courses à la direction, les candidats reçoivent une liste de membres qui inclut les adresses de courriel. Dans cette course à la direction, le parti refuse de fournir aux candidats les adresses courriel des membres et ne prévoit que deux débats officiels.

Je quitte cette course à un moment où j’ai reçu plus de couverture médiatique que tous les autres candidats combinés. Je suis heureux d’avoir contribuer au débat. Je suis heureux d’avoir remis en question des principes de longue date qui sont mal fondés, tels que le conservatisme fiscal, le manque de cohérence idéologique et l’approche centriste du parti à l’égard de la politique canadienne qui a échoué à maintes reprises.

Certains de mes adversaires souligneront le fait qu’une grande partie de la couverture médiatique autour de ma candidature a été basée sur la controverse. C’est une critique que je partage en partie. Cependant, dans un environnement si fermé aux débats politiques et en l’absence de débats entre les candidats, il n’est pas étonnant qu’une grande partie de la couverture médiatique ait été axée sur la controverse. C’est une conséquence du manque de volonté de la part de l’establishment du parti et de certains candidats de débattre ouvertement de la voie à suivre.

Bien que beaucoup des points que j’ai évoqués jusqu’à présent soient négatifs, je garde l’espoir que le Parti Vert du Canada pourra se renouveler pendant cette course à la chefferie. C’est peut-être peu probable, mais ce n’est pas impossible. Ce que j’ai réalisé au cours des dernières semaines, c’est qu’avec le niveau d’opposition auquel je suis confronté de la part d’Elizabeth May et de son entourage, il sera impossible pour moi d’unir le parti. Cela aurait été possible si Mme May était prête à se retirer et à laisser la prochaine génération prendre le relais, mais ce n’est pas le cas pour le moment et il est irréaliste que je devienne le chef du Parti Vert du Canada à court terme dans ces circonstances.

J’aimerais également dire quelques mots sur la diversité au sein du parti. Il est bien connu que le Parti Vert du Canada a d’énormes problèmes en ce qui concerne le racisme, la discrimination et l’exclusion des communautés marginalisées dans ses rangs. Lors des dernières élections, le parti a présenté moins de candidats de couleur que tout autre parti – y compris le parti raciste, populiste et ignorant dirigé par Maxime Bernier. C’est une situation condamnable, gênante et immorale qu’il faut changer.

Lors des dernières élections provinciales, le Parti Vert du Québec a présenté l’un des ensembles de candidats du Parti Vert les plus divers, sinon le plus divers de l’histoire du Canada. Nous sommes passés de 20 % de femmes candidates aux élections avant mon entrée en fonction à 58 % de femmes candidates sous ma direction aux élections provinciales de 2018. Nous sommes passés d’une très faible diversité à une équipe de candidats qui reflète davantage la diversité du Québec. Nous avons ouvert la voie aux candidats qui portent des turbans, des hijabs et des kippas pour se présenter aux élections provinciales en obligeant le gouvernement à modifier les règles qui excluaient ces personnes de participer aux élections sur la base de leur apparence.

Ce que j’ai appris sur l’accroissement de la diversité en politique, c’est que ce n’est pas une question de quotas ou de symbolisme. Il faut présenter des politiques qui sont pertinentes pour les groupes minoritaires. Il faut dénoncer régulièrement le racisme, même si cela met mal à l’aise une partie de la communauté majoritaire. Il faut marcher avec Black Lives Matter. Il faut appuyer les luttes autochtones et les actions directs. Il faut dénoncer les lois conçues pour être discriminatoires envers les minorités religieuses. Il faut être présent pour écouter les communautés minoritaires et s’engager avec elles. L’approche actuelle du parti est basée sur les quotas et le symbolisme et ne réussira pas tant que les politiques ne seront pas modifiées et que le parti se fera entendre sur ces questions.

Bien que le Parti Vert du Québec ait des politiques plus progressistes que les Verts fédéraux et que nous avons été critiqués à travers le pays pour avoir fait bousculer les choses au sein du mouvement, je crois fermement que le Parti Vert du Québec doit demeurer une voix forte au sein du mouvement vert canadien. Nous devrions pouvoir participer aux congrès, nous devrions pouvoir faire entendre nos voix et nous méritons d’être traités avec respect. Ce que nous avons vécu, c’est tout le contraire. Nos positions progressistes de principe sur l’anti-oppression dans notre propre province ont été maintes fois contredites et minées par nos homologues fédéraux. Nous avons été mis de côté à de nombreuses reprises et nous avons été empêchés de participer aux structures démocratiques internes du Parti vert du Canada. En 2017, le Parti Vert du Canada est allé jusqu’à programmer son congrès politique fédéral de 2018 pour la veille de la date d’élection fixe du Québec. Ils ont fait cela malgré nos objections formelles. Cette marginalisation systématique du Québec au sein du mouvement vert fédéral est contreproductive, immorale, antidémocratique et doit cesser.

Bien que de nombreuses personnes soient mécontentes de la façon que moi et d’autres progressistes au sein du Parti Vert du Canada ont été traités, je tiens à être très clair : quitter le parti n’est pas la solution. Un exode des progressistes du parti fédéral ne fera qu’ouvrir la voie à davantage de politiques de centre-droite qui seront nuisibles aux mouvements environnementaux et pour la justice sociale de ce pays. Le Parti Vert du Canada est une voix importante dans la politique canadienne et nous ne pouvons accepter qu’elle soit compromise par des politiques centristes, des lobbies d’intérêts particuliers et l’écocapitalisme. Nous devons rester et nous battre pour un Parti Vert progressiste qui défendra la justice sociale plutôt que de travailler contre elle en permettant, par exemple, la réouverture du débat sur l’avortement.

J’ai hâte de travailler avec le prochain chef du Parti vert du Canada, quel qu’il ou elle soit. Je pourrais choisir de soutenir un candidat plus tard dans la course, mais ma décision n’a pas encore été prise. J’aimerais soutenir un ou plusieurs candidats progressistes. Pour l’instant, la plupart des candidats en lice ont des programmes et des commentaires politiques très limités dans le domaine public. J’ai hâte d’en savoir plus sur eux et de rencontrer le plus grand nombre possible d’entre eux. Je suis heureux d’avoir contribué à l’élaboration des politiques du parti et du mouvement environnemental canadien par la publication de ma version du Nouveau Deal Vert. J’espère qu’un ou plusieurs des autres candidats seront en mesure de porter le flambeau.

Quant à moi, je compte continuer à être une voix progressiste au sein du mouvement vert canadien tout en dirigeant le Parti vert du Québec jusqu’aux prochaines élections provinciales prévues pour octobre 2022. J’adore mon travail au sein du Parti Vert du Québec. J’adore l’équipe que nous avons formée et j’adore les mouvements environnementaux et de justice sociale du Québec. Jamais auparavant le Parti Vert du Québec n’a été aussi bien représenté et je me réjouis de poursuivre ce travail important. La pandémie a créé des possibilités sans précédent de changement progressiste au Québec alors que nous reconstruisons notre société et redéfinissons nos valeurs collectives.

Je tiens à remercier tous ceux qui m’ont aidé et qui m’ont soutenu tout au long de cette campagne qui a été, dans l’ensemble, une expérience formidable. À nos chefs adjoints du Parti Vert du Québec, Alice Sécheresse et Halimatou Bah, je tiens à vous remercier d’avoir tenu le fort pendant mon absence et d’avoir contribué à l’avancement de la justice sociale et de la protection de l’environnement. À mon agent officiel Nicholas Lescabeau, à mes amis, ma famille, mes partisans et à tous ceux qui ont organisé des événements pour moi sur la route – Vince Folito, Nicole Peltier, Preston Smith, Constantine Kritsonis, Billy Crumplin, Evelyn Tanaka, Cassandra Romain, Vanessa Scott, David Mills, Kathleen Somerville, Alain Joseph, la cheffe Jessica Hill, l’ainée Raymond Robinson, l’ainee Marlene Hale, Stephanie Stevenson, Wissal El Allaoui, Tony Leah, Rebecca Ketch, Billy Strathdee, Gabrielle Bruser, Roberta Herod, Corinne Mintz, Mary & Greg de Peterborough, Naiomi Hunter, Carmen Budilean eà toute l’équipe du Parti Vert du Québec, a tout ceux et celles qui m’ont soutenu – je vous remercie de m’avoir donné cette opportunité pour laquelle je vous serai éternellement reconnaissant.

Merci beaucoup à tous pour votre implication dans ma campagne. Je me réjouis de travailler avec vous tous à l’avenir !

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